Première diffusion le 19 avril 2008 à 22h30 sur Arte.
Au cinéma à partir du 14 mai 2008.

© Patrick Baz / CAPA cinéma
Comment avez-vous travaillé dans une situation aussi brûlante et dangereuse ?
Dans cette guerre dont le cours m’échappe, il s’est agi pour moi et mes acteurs de filmer avec les événements, et non pas contre eux, en m’en tenant à une ligne conductrice toute simple : dans un pays ravagé par les bombes, une femme cherche son fils. Les acteurs improvisaient au jour le jour, en interaction avec les vrais acteurs du drame : journalistes, réfugiés, civils pris en otage sous le déluge des bombes…
Pourquoi avoir choisi d’en faire une fiction ?
La guerre est destinée à un seul genre, celui du reportage et du documentaire. Mais ayant déjà réalisé plus de quarante documentaires et traité de sujets aussi brûlants, je savais que ce genre avait ses limites. Pour cette énième guerre que je vivais, j’étais convaincu qu’il fallait aller plus loin. Le simple témoignage ne suffisait plus, j’avais besoin d’exprimer toute la gamme d’émotions que l’on ressent lors des bombardements.
Quand le tournage a-t-il réellement démarré ?
La guerre a commencé le 12 juillet 2006. Deux jours plus tard, j’écrivais déjà une idée simple en quelques lignes. Le 22 juillet, dans un état de précarité absolue, sous les bombes, nous commencions le tournage. Le 23 juillet, l’armée française nous rapatriait en France, ma famille et moi. J’ai pu alors mettre mes enfants en sécurité. Grâce à l’appui d’Hervé Chabalier (Capa Cinéma) et d’Arte je suis revenu au Liban, par bateau militaire, trois jours après le cessez-le-feu.
Le Liban enterrait alors ses morts et les troupes de la Finul débarquaient sur les rives d’une terre encore secouée par 33 jours de bombardements.
N’aviez-vous pas de scénario ?
Au début, nous écrivions sur place et tournions directement. Je n’avais pas à mettre mes acteurs « en situation », nous l’étions déjà . C’était dur, intense. J’avoue que j’avais souvent peur. Peur de mettre en danger mon équipe. Peur à cause des mines, peur de ne pas être juste dans notre démarche. Nous n’étions pas en train de faire ce film, mais de le vivre. Pourtant je savais dès le départ que tout cela n’était que provisoire. Je savais qu’il me fallait revenir, bien plus tard, pour tourner le corps de la fiction. En effet, après 11 jours de tournage, je repartais pour écrire avec Michel Léviant un véritable scénario qui prenait en compte toutes les images que nous avions tournées sur le vif. Entre temps d’autres co-producteurs se sont lancés dans l’aventure, François Cohen-Séat (Art’Mell), Paul Raphaël (Starfield) et ont permis au film de se faire en moins d’un an.
Cette aventure a été ma façon de faire front, de soulager ma colère. Même si un film n’a jamais changé le cours de l’Histoire, même si j’ai parfois l’impression d’être comme un enfant qui s’obstine à construire son château de sable face à la marée montante, en le rebâtissant encore et encore, je forgeais l’espoir absurde de le voir résister aux vagues.
Quel a été votre point de vue face à cette guerre ?
Quand, en pleine guerre, on décide de tourner un film, c’est pour lutter contre un sentiment de colère et de totale impuissance. J’ai voulu réagir, crier.
Même s’il a parfois été difficile de traiter un tel sujet avec distance, il était essentiel pour nous tous qui avons fait le film, de ne pas prendre parti pour un camp ou pour un autre, mais de nous placer volontairement du point de vue des victimes. Je n’ai pas voulu faire de démagogie, avec mes deux seuls acteurs jouant au milieu du chaos, j’ai voulu raconter la réalité de la tragédie humaine.
SOUS LES BOMBES
Réalisation : Philippe Aractingi
Une coproduction : Capa Cinéma - Starfield Productions Art’Mell - Fantascope Production
En association avec Rhamsa Productions et CCE
Avec la participation de ARTE France
Scénario : Michel Léviant et Philippe Aractingi
Avec Nada Abou Farhat et Georges Khabbaz
POUR EN SAVOIR PLUS : www.underthebombs.com